Iran : l’inflexibilité comme dernière défense du régime
La vraie question n’est peut-être pas : pourquoi les Gardiens de la Révolution ne cèdent-ils pas ? La vraie question est plutôt : peuvent-ils encore céder sans se condamner eux-mêmes ?
L’Iran d’aujourd’hui n’est pas seulement un État sous pression. C’est un régime enfermé dans sa logique de survie. L’étranglement américain autour d’Ormuz, la crise économique, la colère sociale, la menace de nouveaux bombardements, tout cela devrait pousser un pouvoir rationnel à chercher une sortie. Mais la République islamique, surtout dans sa version dominée par les Pasdarans, ne fonctionne pas comme un État classique. Elle raisonne comme un appareil politico-militaire qui veut préserver son cœur : le contrôle du pouvoir.
C’est là que réside le paradoxe. Plus la pression américaine est forte, plus le régime iranien peut être tenté de durcir sa posture. Non parce qu’il est sûr de gagner, mais parce qu’il sait qu’une reculade pourrait être interprétée comme une défaite historique. Washington veut obtenir la réouverture du détroit, une reprise des discussions et une limitation du pouvoir iranien ; Téhéran, de son côté, cherche à desserrer l’étau sans apparaître comme vaincu. Les propositions iraniennes semblent aller dans ce sens : ouvrir une porte diplomatique, mais en exigeant la levée du blocus, des sanctions ou des garanties avant de céder sur les sujets les plus sensibles.les gardiens de la revolution cherchent une sortie, mais une sortie maquillée en résistance. Ils peuvent accepter un compromis technique, une formule diplomatique, un cessez-le-feu prolongé, peut-être même une réouverture progressive d’Ormuz. Mais ils ne veulent pas d’une scène où le monde verrait clairement ceci : l’Amérique a serré l’étau, et l’Iran a plié. l’inflexibilité des Gardiens de la Révolution n’est pas de l’obstination, ni même du fanatisme idéologique C’est la rationalité d’un acteur prétorienien qui a correctement évalué que la flexibilité coûte plus que la résistance, qui a tiré les leçons du destin de ses homologues arabes, et qui sait que sa survie dépend précisément du maintien de la tension avec Washington comme ressource de gouvernance interne. Le mur ou le précipice — ils ont choisi le premier, non par courage, mais parce que le précipice est immédiat et certain, alors que le mur peut encore tenir.
